Actualités

Le service civique chez les petits frères des Pauvres

Interview de Nicolas Timistchenko, coordinateur national du développement, aux petits frères des Pauvres.

Comment et pourquoi l’idée d’accueillir des services civiques est apparue dans votre structure ?

Tout d’abord, je vais présenter l’association les petits frères des Pauvres en quelques mots. L’association, par le biais de ces quelques 11000 bénévoles en France, a pour objet l’accueil, l’aide et l’accompagnement dans une relation fraternelle et désintéressée des personnes, en priorité de plus de 50 ans, souffrant de pauvreté, de solitude, d’exclusion, de précarité, de maladie grave, par des moyens et dans des conditions adaptées à chacune d’entre elles.

Le service civique représente quelques 25 jeunes accueillis chaque année et répartis sur les diverses implantations de l’association en France. Les missions concernent le soutien à la mise en place d’activités collective pour les personnes âgées, l’appui au projet d’accompagnement de personnes âgées vivant des situations d’isolement et de précarité, le soutien au développement de la mobilisation citoyenne dans la lutte contre l’isolement des personnes âgées dans le cadre de Monalisa, ou encore, le soutien au développement d’une équipe d’action sur un territoire.

Les petits frères des Pauvres, de par leur objet, promeuvent les relations intergénérationnelles et la perspective d’accueillir des jeunes dans le cadre du service civique s’inscrit parfaitement dans cette culture. De plus, sensibiliser les jeunes à la cause des personnes âgées et leur offrir un cadre leur permettant de s’engager à leur mesure fait partie intégrante des missions que l’association s’est fixée. C’est donc en toute logique que l’association, avant même la création du service civique en 2010, accueillait déjà des jeunes en services civils volontaires.

Ainsi, l’engagement de jeunes en services civiques est une chance supplémentaire et complémentaire de développer la mobilisation citoyenne autour de la question de l’isolement des personnes âgées

Pouvez-vous nous parler du rôle du tuteur ?

Dans notre association les tuteurs sont bénévoles ou salariés, ou  encore peuvent  fonctionner en binôme bénévole/salarié ; dans la majorité des cas, les tuteurs ne sont tuteurs que d’un seul service civique. Au départ,  uniquement les salariés étaient tuteurs.

Ils ont une mission d’encadrement, d’écoute et d’accompagnement pour le service civique ; le tutorat réclame une grande disponibilité que nous avons estimée à 6h00 en moyenne par semaine. Cette disponibilité dépend cependant des missions proposées au service civique mais aussi et surtout de sa situation initiale (rupture scolaire, réorientation, recherche d’emploi…). Cette disponibilité se traduit par des entretiens réguliers, des points sur l’avancée des missions et le vécu du ces missions par le service civique, l’écoute de ses interrogations etc. Un des objectifs du tuteur est de s’assurer que le jeune en service civique n’agisse jamais seul, qu’il soit bien intégré au sein de l’équipe avec laquelle il agit, que son action lui apporte autant qu’elle apporte à l’équipe d’accueil : maturité, apprentissage de la prise de responsabilité, travail en équipe sont autant de points forts que le volontaire va acquérir au fil de sa mission. Chez les petits frères des Pauvres, le service civique développera des savoirs faire au sein des équipes de bénévoles et salariés, des savoirs être auprès des personnes âgées accompagnées. Le tuteur est également là pour partager avec le service civique sa connaissance de la structure d’accueil afin que celui-ci appréhende au mieux son contexte d’action.

La difficulté pour le tuteur est de garantir la place singulière du service civique qui ne doit en aucun cas être « utilisé » comme un emploi peu rémunéré ou remplacer une mission de bénévolat tout en ne perdant pas de vue le projet d’avenir du jeune concerné.

Nous avons dans quelques cas rencontré des difficultés liées au non respect du cadre (horaires, travail collaboratif) par des jeunes en rupture scolaire pour qui les règles simples de vie en société sont choses difficiles à appréhender ; des ruptures de contrat sont aussi survenues dans des cas où les attentes des jeunes et les propositions de l’association se sont avérées inconciliables, ce malgré les efforts d’explication, d’adaptation des missions.

Une des difficultés majeures des tuteurs, lorsqu’ils sont salariés, est de se rendre suffisamment disponibles pour le service civique car la disponibilité requise est répartie tout au long de la semaine ; une autre difficulté pour le tuteur est de suffisamment favoriser l’accueil du jeune de manière à ce que celui-ci soit soutenu pas exclusivement par le tuteur mais qu’il trouve aussi une écoute, des conseils auprès de l’équipe dans son ensemble.

Comment avez-vous procédé pour développer le dispositif dans votre association ?

Notre association s’est structurée en douze régions avec à leur tête douze directeurs auprès desquels l’information concernant le service civique a été régulièrement communiquée. Mais c’est en travaillant beaucoup avec nos partenaires que s’est développé en parallèle l’accueil de services civiques.

Le bouche à oreille entre bénévoles des différentes équipes sur une même région a été un facteur favorable à l’accueil de services civiques, à la promotion du dispositif. Faire témoigner des expériences réussies de service civique est un moyen simple et efficace de promouvoir le service civique au sein des équipes et dans le réseau interne.

Au niveau régional, le travail avec les missions locales, et par exemple la création d’une plateforme de service civique en région, ont aussi participé à la promotion du service civique.

Une commission de réflexion autour de l’accueil et l’intégration de services civiques a également été mise en place pour promouvoir en interne les bonnes pratiques quant à l’accueil des jeunes, afin de penser un accueil de jeunes en plus grand nombre.

Après plus de cinq ans d’exercice, quels enseignements retenir sur la mise en œuvre du dispositif ? L’accueil des services civiques a-t-il eu des impacts sur le projet associatif ?

Ce que je retiens avant tout pour les jeunes, c’est qu’après leur passage chez les petits frères des Pauvres, ils ont changé leur regard sur la vieillesse et certains ont poursuivi leur engagement comme bénévoles alors que leurs parcours initiaux étaient éloignés de l’univers de la solidarité, du travail social, du monde associatif etc… Nous avons également posé le constat que les jeunes s’épanouissaient dans les rapports intergénérationnels.

Cinq anciens services civiques ont été embauchés par l’association après leur mission.

Pour l’association, les équipes, les jeunes constituent à la fois un réel soutien et surtout un dynamisme précieux. Ce regard neuf et extérieur permet de questionner les actions tout en la faisant avancer. Pour se faire, il est nécessaire de bien préparer l’intégration du service civique dans l’équipe, ce dès la rédaction de la fiche de mission : le souhait d’accueillir un service civique ainsi que sa fiche de mission doivent être validés par l’équipe bénévole. Un service civique doit aussi pouvoir demeurer en lien avec ses pairs, ne pas se sentir isolé dans sa mission.

Nous retenons que l’accueil des jeunes en service civique nécessite d’y consacrer du temps (salarié ou bénévole) et de l’énergie. Il faut garder à l’esprit la place singulière de ce statut qui n’est ni un stage, ni  un salarié, ni un bénévole mais qui vient exprimer son désir d’engagement citoyen dans l’action associative. La gestion administrative, quant à elle, peut apparaître décourageante.

Au sein du projet associatif des petits frères des Pauvres 2010/2015 est  inscrite l’orientation suivante : « Accueillir, suivre et former un nombre significatif de jeunes volontaires, notamment du service civique ». Je dirai surtout que l’accueil de services civiques a accompagné le projet associatif, lui a permis de se mettre en partie en œuvre. En effet, le projet associatif invite entre autre ses membres à développer des implantations près de chez eux, afin de mieux mailler le territoire.  Bon nombre de services civiques ont rejoint l’association au sein d’équipes en développement, favorisant ainsi le déploiement territorial des implantations des petits frères des Pauvres, soutenant les équipes bénévoles en train de se constituer, venant en aide à l’organisation associative naissante etc....